Une manifestation scientifique a été organisée samedi, par le Réseau Ouest et Centre Africain de Recherche en Education (ROCARE). Elle avait comme thème : « Alphabétisation, réussites et nouvelles perspectives ». À cette occasion, chercheurs du ROCARE, spécialistes et partenaires ont indiqué les recettes pour l’éradication de l’analphabétisme en 2012 au Sénégal.

« L’éradication totale de l’analphabétisme dans le courant de la décennie 2003-2012 est possible au Sénégal », a déclaré samedi, Mamadou Lamine Gassama, chercheur membre du Réseau Ouest et Centre Africain de Recherche en Education (ROCARE). Il introduisait la rencontre et a fondé son argumentaire sur les résultats d’une simulation faite par ses soins. Cette simulation avait établi qu’il était possible d’alphabétiser 3.500.000 personnes âgées de 15 ans et plus. Cette tranche d’âge a été ciblée par l’Indice du Taux d’Alphabétisation des Adultes.

M. Gassama a toutefois précisé que la condition est de tirer profit de la Décennie de l’Alphabétisation proclamée en décembre 2003 par l’UNESCO, pour renforcer le Programme Décennal pour l’Education et la Formation du Sénégal. Le spécialiste estime qu’à raison de 200.000 personnes à alphabétiser par le PDEF d’un côté et de 150.000 personnes à alphabétiser dans le cadre de la Décennie de l’autre, le Sénégal atteindrait d’ici dix ans, respectivement deux millions d’alphabétisés pour le PDEF et 1.500.000 dans le cadre de la Décennie.

MOYENNE AFRICAINE

Dans son rapport publié en février 2004, sur « L’état des lieux des systèmes et politiques d’éducation de base » des pays de trois espaces économiques de l’Afrique, le Bureau régional de l’UNESCO pour l’Education en Afrique (BREDA) indique que le taux d’alphabétisation au Sénégal en 2001 était de 38,3 %. Il est ainsi loin de la moyenne en Afrique qui est de 61 % pour la même période, selon le même rapport. C’est donc dire que le Sénégal fait partie des 22 pays d’Afrique subsaharienne qui ont des taux d’alphabétisation inférieurs à 70 %.

Il faut dire que des progrès ont certes été accomplis en un peu plus de dix ans, faisant chuter en moyenne le taux d’analphabétisme de moins de 10 points aussi bien pour l’Afrique subsaharienne que pour le Sénégal. Et selon Mamadou Lamine Gassama, des facteurs politiques et techniques ont été à la base de ces avancées.

Les facteurs politiques sont liés à une vision politique sectorielle qui considère l’alphabétisation comme une condition du développement durable. Dans la même veine, le secteur, affirme M. Gassama, dispose d’une « disponibilité de financement conséquent » rendu possible par un « engagement des bailleurs de fonds, une diversité des sources de financement et l’affectation d’une part du budget national ».

M. Gassama compte la décentralisation partielle du processus de sélection des requêtes d’alphabétisation parmi lesdits facteurs politiques, citant en exemple le Programme Expérimental d’Alphabétisation Intensif au Sénégal (PAIS) confié aux Collectivités locales. En outre, il pense que le pilotage du secteur par la mise en place de structures et de mécanismes de planification stratégique et opérationnelle fait partie des facteurs de succès dans l’alphabétisation.

Pour les facteurs techniques, M. Gassama cite, entre autres, l’importance de la place accordée à la communication dans les différents plans d’action, au renforcement des capacités par la mise en place d’un centre de ressources spécialisé dans le domaine de l’alphabétisation et à l’adoption du « faire-faire » comme mode de partenariat. Ce dernier aspect a abouti à « l’appui à l’émergence et au développement de cadres appropriés de la Société civile, notamment la Coordination Nationale des Opérateurs en Alphabétisation du Sénégal, l’Union Nationale des Associations de Langues, l’Union des Ecrivains Sénégalais en Langues Nationales, etc.

De même, Mamadou Lamine Gassama a soutenu que le Sénégal a adopté les principes de fonctionnalité, d’intégration et de diversification dans le domaine de l’alphabétisation. Le pays a aussi mis en place deux grands programmes, le Projet d’Appui au Plan d’Action (PAPA) et celui d’Alphabétisation Priorité Femme (PAPF), qui visent, entre autres, l’amélioration de la qualité de la vie. Selon toujours M. Gassama, le Sénégal mène une politique d’articulation de l’alphabétisation aux différents plans de développement nationaux et locaux.

Mais, prévient M. Gassama, toutes ces actions ont des limites qui ont pour solution commune la « nécessité d’une politique vigoureuse et pérenne ». Il s’agit, à son avis, de la valorisation des langues nationales dans la vie officielle et publique, de la répartition des ressources entre les différentes composantes de la politique d’alphabétisation, de l’amélioration des méthodes de mobilisation des ressources.

En outre, le conférencier suggère fortement la mise en place d’un ministère de plein exercice chargé de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales.

Plusieurs autres aspects ont été soulevés concernant la codification des langues à usage localisé, l’absence d’un modèle des Ecoles Communautaires de Base (ECB) généralisable et l’implication, à travers les Clubs de langues des lycées, des élèves dans les activités de promotion des langues nationales.

APPUI INSTITUTIONNEL

Le consultant indépendant, Amadou Fall a, quant à lui, fait une communication sur la détermination de la structure des coûts pour les sous-projets d’alphabétisation en langues nationales. M. Fall a insisté sur l’appui institutionnel en moyens organisationnels et en ressources humaines permanentes envers les opérateurs (Société civile, ONG). Selon ses estimations, le taux raisonnable tournerait autour de 10 % calculé sur la base du coût global du sous-projet atténué du montant des contributions des auditeurs.

À l’occasion de ce Café-ROCARE, le directeur de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), Valdiodio Ndiaye, par ailleurs président du Comité directeur de ROCARE-Sénégal, a été fêté pour son titre de Docteur Honoris Causa décerné par l’université du Québec en mai 2003 et délivré en septembre de la même année, sous l’égide de la Télé-université.

M. Ndiaye a été distingué pour l’ampleur de son travail en éducation à l’intérieur de l’Afrique francophone, sa contribution au développement de l’ENS : « qui est devenue un pilier dans l’enseignement à distance », ainsi que pour son implication dans le Centre d’Application, d’Etude et de Ressources en Apprentissage à Distance, selon la résolution de l’assemblée des Gouverneurs de l’université du Québec.